Stat Crux dum volvitur orbis

"Je supporte cette Eglise, dans l'attente qu'elle devienne meilleure, étant donné qu'elle aussi doit me supporter, dans l'attente que je devienne meilleur".*

 

 

Je ne veux pas, je tape du pied, je frappe du poing, je ne veux pas, je ne veux pas.


Je ne veux pas d’une Église qui s’adapte, qui va de l’avant, qui se laisse modeler au gré du monde. Je ne veux pas d’une Église aux normes dont les prêtres soient les commerciaux. Pas d’affiches colorées, pas de joie commandée, pas de promos sur les mariages et de soldes sur les baptêmes. Je ne veux pas de discours pourléchés, polissés, aplanis, je ne veux pas que ma foi plaise au plus grand nombre. Je veux que la foi saisisse à pleines mains le cœur du plus grand nombre, pas qu’elle lui plaise.

Je ne veux pas qu’on fasse du Christ un homme bon, un philosophe, un blondinet tout propre ; je ne veux pas que l’on cache sa croix. Je ne veux pas d’une religion de paix et de discussion, je veux une religion de miséricorde et de charité fraternelle. Je ne veux pas d’aménagements pour faire entendre une parole travestie à ceux qui n’en veulent pas, je veux que ceux qui n’en veulent pas croient en entendant Sa Parole, intacte et puissante. Je ne veux pas que l’on recouvre la Croix d’un voile pudique, je ne veux pas que l’on garde la Passion pour les petites lettres en bas de contrat.

Je ne veux pas de fausse pauvreté, je ne veux pas que l’on fasse du laid sous prétexte que le beau insulte les cœurs simples. Le Beau élève, le Beau apaise, le Beau reflète son Visage de majesté. Je suis fatiguée des discours marketés qui ne parlent pas de Dieu. Je suis fatiguée de cette mauvaise association caritative qui n’a ni style ni d’idéal.

 

Je serre les poings quand on me parle, à moi, jeune, quand on me parle comme si j’avais douze ans. Et à douze ans, comme si j’en avais sept. J’étais irritée de faire des coloriages au lieu d’apprendre à connaître sa Loi, je suis excédée qu’on me fasse faire des flashmobs au lieu de nourrir mon intelligence qui crie famine, je suis exaspérée de cette dictature du cool, exaspérée que mon Église se baisse au niveau du monde pour mieux nous y atteindre. Et y demeure, déjà ringarde, déjà dépassée par ce qu’elle a voulu imiter, déjà mourante et risible dans son agonie fébrile au creux des bras de la modernité.

 

Je suis lasse que l’on ne me donne comme nourriture qu’une foi médiocre et compromise. Je suis lasse que l’on me regarde, amusé et surpris, lorsque je m’accuse à genoux devant un prêtre conciliant qui ne voit aucun pêché dans ma longue litanie et ne sait que me dire qu’il ne faut pas se juger. Je suis lasse que sous prétexte de miséricorde, voire de tolérance –mais Seigneur, depuis quand la tolérance est-elle devenue une vertu chrétienne ?! - le mal n’existe plus. Je suis lasse qu’une âme ait à ce point peu de valeur que l’on se soucie aussi peu de la perdre. Je suis lasse que chacun puisse aménager sa foi à la hauteur de ses envies, de ses désirs, de son orgueil.

Que sous prétexte de liberté, on fasse mourir la nôtre sous la boue lente des désirs assouvis. Le désir de perfection est devenu un péché d’orgueil, alors cessons de viser la sainteté et visons simplement n’être pas un trop mauvais humaniste mais un fin psychologue.

Regardez ! Que nous sommes cool. Qu’être catho est drôle. Regardez nous. Regarde mon doigt ! Il ne montre plus le Ciel, il montre mon joli nombril. Mon nombril est grognon ? La Loi s’adaptera.

 

J’ai le cœur serré. De voir mes frères qui rient à la Consécration, impatients de sortir les djembés. Qui dansent au pied de la Croix pour montrer que nous sommes comme tout le monde, que nous savons nous détendre. De voir les prêtres sortir leur portable pendant l’action de grâce, pour ne pas se faire taper sur les doigts si le temps de silence a été trop long. Qui ne s’agenouillent pas toujours pour ne pas en faire trop. Qui ne peuvent s’empêcher de faire une petite blague quand la Passion est trop douloureuse. Quand les épines piquent, quand les clous s’enfoncent. Pour ne pas prendre au sérieux leur Dieu donné en pâture. Une petite pirouette, pour dédramatiser. Un petit sketch après la communion, pour détendre l’ambiance. Un petit apéro après l’immolation. Pour être conviviaux, pour être festifs. Un petit remerciement, après le Sacrifice, la litanie des grâces pour « vous tous sans lesquels je ne serai pas là aujourd’hui », une salve d’applaudissements pour Robert à la sono, Chantal au micro, Michel à l’autel, Jésus au Tabernacle. Et on enchaîne sur la thématique de la soirée, les choses qui intéressent les gens, les vacances, la rentrée, la météo. Plouf, plouf...

 Personne ne meurt pour une association. Dans le pire des cas, on se désinscrit.

L’Église n’est pas bonne en communication parce que l’Église n’est pas faite pour communiquer. Ni pour vendre. Elle se prostitue lorsqu’elle cache ses stigmates pour séduire. Et meurt à petit feu quand elle rit du sacré…

Là… Là, non, il n’y a aucune raison de croire.

Là, plus personne n’y croit guère.

Ni le prêtre qui demande à « quelqu’un de motivé de venir lui donner un coup de main pour la communion histoire que ça aille plus vite », ni les enfants qui voient leurs parents sur Facebook jusque devant l’hostie. Ce ne peut pas être Jésus. Ce ne peut pas être Dieu. Évidemment. Si c’était vraiment lui, ça aurait une autre gueule. Si c’était lui, je ne sais pas, peut-être que les gens seraient à genoux, peut-être qu’on la fermerait, peut-être qu’on prierait. Mais là ?!

 

Je veux voir davantage de ceux qui n’ont pas peur, de se prosterner, de reculer lentement, de s’agenouiller cent fois quand ils passent devant Dieu. Je veux des consacrés qui mieux qu’un affichage, remplissent par leur exemple les séminaires exsangues.  Qu’ils montrent à ceux qui n’y croient plus. Qu’ils me montrent, pitié ! quand, d’un jour à l’autre, je m’en détourne aussi. Qu’ils montrent que si la grâce passe quand même à travers un sacrement bradé, que si des âmes sont sauvées malgré notre mauvaise volonté, que si un cœur peut se convertir à travers un flashmob…  Combien plus encore serions-nous ardents en prenant la mesure de la beauté qui nous est proposée !


Je veux, je veux… Et l’Esprit veille, toujours. Bien mieux que moi.

 

 

 

*Erasme de Rotterdam

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