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Tout s'éveille. La vie est à l'aube de son éternel recommencement, toute activité nocturne va comme chaque main céder la place aux activités diurnes et humaines qu'elle précède logiquement, comme en tout début de journée...C'est l'aurore.
A perte de vue, vallons verdoyants, vergers croulants, un univers enchanteur et propice, ô combien propice, à la réflexion qu'appellent tant d'évènements, tant de questions existentielles - maudite soit cette période entre deux âges, cette période entre l'adolescence que l'on croit loin depuis longtemps et l'âge adulte que l'on croit ancré, jusqu'à ce que...maudites soient ces questions existentielles. Et vous, vous voulez faire quoi de votre vie?
M'étant discrètement éclipsée pour mon quota de solitude quotidien, loin devant, j'y songe à mon aise, les yeux brillants presque plus que devant une bouteille de Pinot Gris, vendanges tardives...
Les merveilles de la forêt qui somnole encore à moitié sont exaltées par un rossignol jouant les derniers arpèges de sa sérénade à qui veut bien l'entendre -moi.
Un bruit de pas me fait lever les yeux: un bout de chou haut comme deux Golden et un trognon , aux yeux bleus faisant déjà, j'en suis sûre, chavirer toute la cour de récré, m'a rattrapé et a fermement saisi mon petit doigt qui traînait par là. Longs instants de silence mutuel. La première syllabe s'est fondu dans la magie de cet embryon de journée: ce petit monsieur a entonné le Panis Angelicus. Le génie de Franck s'y libère, Loulou chante, le regard chaviré; le vieux chêne se tait, ému, les rameaux de vignes se penchent, curieuses. Loulou chante pour cette douce France dont il est conscient de l' extraordinaire beauté, pour ces journées ensemble, pour ces concerts, pour ces émotions, pour ces rires, ces souvenirs.
Je le rejoins doucement dans le canon, les deux voix s'unissent aux chants des oiseux qui s'ébrouent et batifolent dans la rosée, encore un peu dans le pâté. Les rires lointains de la petite troupe s'estompent dans du coton, tandis que, vivante de sensations uniques, je me concentre sur la note finale et cruciale...
Odeur d'humus, craquements secs, piallemants, voix de deux gosses qui se tiennent la main...
Oh, qu'il fait bon marcher à l'aube de ma chère et tendre France, des amis plein le dos, des concerts plein la tête, du bonheur plein les yeux, des cantiques à ras les lèvres...

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