Prélude à un languicide.

 

 

Elle gisait là au lit, hâve et sanguinolente. Laissant sur les blancs draps de longs sillons rougeâtres, le sang avait déteint. Langue Française nue, dans son agonie lente, inconsciente, ingénue, tendait sa joue à battre.

Ses bourreaux avaient faim.

 

Un long et bruyant train d'individus masqués s'étirait du lointain à l'orée de sa chambre: beaucoup d'adolescents, des personnes âgées, une poignée d'enfants, deux ou trois étrangers. Ça et là, des costumes, des hommes de finance, un écrivain raté, quelques mauvais chanteurs. Dans un coin de la pièce, des idiots palabraient: un groupe de docteurs tout imbus d'importance, perruqués, décorés, doctes et plein de science. Mais ces gens- là puaient; masturbant leur ego, ils transpiraient la morgue et l'orgueil éhonté.

 

"- Il nous faut la saigner!

- Plutôt des pansements.

- Mettons un cataplasme!

- Enlevons lui son nez.

- Le foie, probablement ?

- Calmez moi donc ces spasmes!

-Oh!

         -Ah!

                   -Regardez- la.

- Quels sont ces soubresauts?

- Mes chers, écoutez donc! Elle se meurt, et je crois

 Être plus qualifié. Ma décision prévaut."

 

(Chaque personne qui se présente devant le petit lit, tour à tour, choisit consciencieusement une arme, et tour à tour, fouette, flagelle, bastonne, frappe, fusille et crache sur la petite créature recroquevillée sous ses draps sales, qui renifle et retient ses larmes. Tous ceux la ont un masque, un odieux masque d'indifférence, et ne regardent pas même leur victime. Et à chaque coup, le groupe de médecins poudrés sursaute, bondit, s'agite près du lit, et prescrit maladivement des listes interminables de conseils contradictoires.)

 

Amputée, misérable, loin du bourdonnement, chaque mot lui causant une peine affligeante, dans un ultime effort la vieille agonisante murmurait qu'elle voulait les derniers sacrements.

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