Ils vomissent des perles, je chante des couleuvres,

Les lèvres étriquées, contractées par l'effort,

Attentifs à ne pas vaciller dans la prose

Ils choisissent les mots des plus élaborés

Tandis que déchaînée, je rugis, grogne et mords

Et de mon simple prêche, accouche d'un chef- d'oeuvre.

 

Masques jetés à bas, rongés par la vermine,

Les combattants s'affrontent en un regard hautain

Leurs joutes oratoires dévoilent la passion,

Qu'ils tentent de draper d'une brève oraison

Faisant pâlir d'émoi charretiers et putains

Sous les coups foudroyants des langues assassines.

 

Le jeu est délectable, et les bouches grasseyent

Et mêlant savamment les lys et les ordures

L'absinthe et l'anisé, l'escrime et les poings nus

Les genres s'enchevêtrent, en amants impromptus.

J'arbitre avec brio ce duel sans armures

Où la boue est la reine, et la fureur conseille.

 

A force de murmures, j'ai vaincu la vertu

Mais les hommes enragent, les voilà qui réclament

A nouveau de ces vers qui semblent être les leurs

Merde! Ils leurs sont familiers. Et les deux orateurs

Vont jusqu'au bout du vice, et courroucés déclament

A moi, Vulgarité, l'éloge qui m'est dû.

 

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