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Ma France n’est plus présente que dans mes rêveries.

 

Je suis dans le grand Nord, et la belle Province a sorti ses apparats pour séduire mon esprit résistant.

 

Son air sec et glacé cache les êtres pâles sous des manteaux informes, terre chacun chez soi. Tout me semble trop froid. Tout est silencieux, d’un silence oppressant, vide de toute histoire, vide du poids des siècles.

 

Mais où est la vie, bon Dieu ? Où sont les cris, où sont les rires ? Où est le sang bouillant de ma France latine, où est la fougue, où est le panache de mon pays ?

Les gens parlent à voix basse quand mon verbe est trop haut ; leur sourire est sincère mais figé, lorsque celui des miens succède à la colère, jaillit et éclate dans un rire sonore. Leur papier est recyclé, les cigarettes abandonnées, ils toussent dans leur coude. Chez moi, on crache par terre, on fume à la Cooper, on s’empoigne, on se réconcilie, on pleure, on s’embrasse, on vit la vie par jeu, par exagération.

Les gens sont sages, ici. Je devrais admirer leur gentillesse, leur obéissance et leurs efforts pour le bien commun. Mais cette soumission agace ma fierté.

Les miens sont gouailleurs, hautains peut-être, râleurs, bagarreurs, et les clichés qu’on leur accole sont rarement infondés. Mais mon peuple me manque. Rien de grand ne s’est jamais fait en obéissant aux cadres, le génie n’a jamais jailli dans les normes.

 

Écoeurée par un monde où tout est coupé à l’équerre, où les rues s’alignent, immenses et monotones, où tout semble parfait et rien ne semble vivre, je fuis la neige sale et les villes austères. La poudreuse ralentit mon pas rageur, les forêts viennent obscurcir l’éclat des grandes plaines.

 

Vas y. Vas y, Canada.

 

Vas y, vends moi du rêve. Montre moi ta passion !

 

Non, pas cette passion qui n’en a que le nom, quand les hormones sont trop fortes et font se retrouver dansant les affamés de chair, alcoolisés et quasi-nus ; pas cette passion-là qui souffle sur les braises du monde agonisant, au son des mêmes basses qui sourdent dans les ventres.

Pas cette passion-là qui pousse les coeurs avides à attraper et à mordre ce qui est à portée de bouche -un sein, une hanche, une fesse - et à s’en repartir à moitié assouvis et vomissant bile et dignité.

Non. Ce n’est pas ton âme, ça, c’est ta lie et c’est la lie du monde, les miasmes contemporains dans lesquels nous pataugeons tous.

 

Montre moi la couleur de ton âme. Montre moi la trempe de ta race. Montre moi ta face sauvage, montre moi la douleur de ton peuple qui lutte pour sa vie, montre moi tes génies. Montre moi les plus acérés de tes monts, montre moi l’eau furieuse sous la croûte glacée, montre moi les crocs que cache ton poil lustré. Montre moi tes héros. Montre moi tes saints, et je saurai t’aimer.

 

 

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