10666 DIA 5359

Je suis au 5836è rang, en partant de la gauche.

 

 

 


AVERTISSEMENT/ WARNING: 


Si les yeux vous brûlent et que de l'eczéma apparaît sur votre front à chaque fois que vous découvrez un pénultième article catholisant  sur ces pages, fermez les donc.

Si vous n'en pouvez mais de vous esbaudir hypocritement devant les récits interminables et cent fois entendus de ces JMJ, fermez.

 Parce que non seulement cet article parle de de trucs cathos - donc forcément à tendance crypto néo fasciste- , mais en plus, il concentre un taux assez élevé de bisounoursie et de rose avec une volonté marquée de parler d'espérance, d'amour, d'unité et de plein de valeurs gauchisantes et ringardes.

 

Quelques bribes, ou peut-être de rapides chroniques-perles de ces journées avec le récit desquelles vos oreilles sont - d'ores et déjà- fatiguées; un bref retour sur ces dix jours en Espagne qui ont fait revenir un demi million de français avec une volonté absolue de devenir, comme ils l'avaient été exhortés par leur pape, des "catholiques sans complexes, authentiques et crédibles", et saints aussi, tant qu'à faire. Oui, rien que ça. Accrochez- vous bien, et pardonnez mon juvénile enthousiasme qui frôle régulièrement le lyrisme cucu: contexte oblige!

 

 

 


 

 

Première nuit en bus, les yeux restent désespérément ouverts, peut-être l'excitation et la joie du départ. Une cinquantaine de personnes roupille à mes côtés; je ne les connais pas, et souris pourtant devant leur abandon total dans le sommeil. Quelques sièges devant, notre évêque dort également. Légère émotion de veiller tout ce petit monde, de contempler la route qui défile à toute vitesse, avalant les kilomètres qui nous arrachent à notre quotidien et à notre petit confort pour un pays inconnu, avec des compagnons de route inconnus, petit soupir. La douceur de la nuit d'été, sûrement, derrière les fenêtres… Les grains du chapelet glissent lentement. Merveille du voyage.

 

 

Une poignée d'espagnols au sourire peut-être un peu crispé, brandissant des drapeaux tricolores sur le bitume brûlant d'un petit village perdu dans l'aridité des terres ibériques, que j'aime déjà. (Les terres, et les espagnols aussi, d'ailleurs.) Pas grand- chose à se dire, une messe aussitôt célébrée bilingualement où l'on sourit des différences liturgiques et où l'on se gausse gentiment des curiosités musicales: les espagnols sont surpris de la tristesse de nos chants que nous trouvons si beaux et si méditatifs, nous rions devant leurs karaokés endiablés sur fond de musique de plage hollywoodienne. Les musiciens s'acceptent d'un regard. 

Peut- être nous a-t-il fallu quelques secondes de trop pour nous apercevoir que leur ultime chant était en français, et quel effort pour faire semblant de chanter de tout coeur avec eux cet air sorti d'on ne sait où et qu'ils ont dû tant galérer à mémoriser. Mais que c'était drôle, et quelle jolie manière de nous accueillir. Merveille de la musique.

 

 

Première leçon d'espagnol avec un paroissien d'une quarantaine d'années. Je compte sur mes doigts ce que je sais dire dans sa langue: Ola, que tal, muy bien, vamos a la playa… Il me fait répéter doctement: Mierda. Enthousiaste, j'enchaîne: "Hiro de puta!" Grand rire, il a compris: "Voulez- vous coucher avec moi?" 

Première esquisse d'amitié, les langues se délient, une jeune fille prend le commandement et nous ordonne de la suivre dans sa piscine. Plus besoin de parler la même langue pour jouer avec un ballon dans l'eau, les rires et les insultes restent spontanés. Merveille du jeu.

 

 

Perplexité devant l'excitation de la jeune foule endiablée qui sautille d'allégresse devant une estrade où l'évêque espagnol prêche. Bon. Sûrement une manière comme une autre de se recueillir, mais j'ai l'impression d'être dans la fosse devant les Black Eyed Peas. Les Olé fusent à chaque phrase, pas moyen de poser un genou à terre sans risquer de se noyer dans cette marée humaine. Au fil des jours, les messes se suivent et se ressemblent, et la pression, et l'ambiance, et le monde s'accroissent de façon exponentielle. Oui, je ressens ça davantage comme des festivités, des espèces de chouilles internationales, plutôt que comme la célébration d'un sacrement: de la joie, certes, beaucoup de joie, une bête de fierté de se rendre compte que l'on fait partie de cette famille qui compte plus de deux milliards de membres, et des drapeaux qui se brandissent et qui claquent, et des chants qui fusent, et des interpellations multiples. 

Mais aussi un mouvement de recul: où est ma chère solitude, mon cher silence, où sont les chants grégoriens que j'aime tant dans la plénitude de leur simplicité?  On ne sait plus très bien où est Dieu, là dedans. Je me détrompe pourtant rapidement: Il est là, un peu partout. Paf, dans ta gueule la franchise du sourire qui t'es donné quand tu te retournes exaspéré vers la polonaise qui glousse derrière toi depuis une heure et demi. Bîm, l'amitié de cette main sur ton épaule qui t'ouvre le passage pour te frayer un chemin jusqu'à la communion. Et mange- là, cette surprise de n'entendre nulle part de mauvaise humeur et de râleries quand bien même nous sommes entassés les uns sur les autres dans un petit carré en plein cagnard. Merveille de la joie.

 

 

Journée de retraite dans les fortifications de la vieille ville d'Avila, foyer de saints. La pluie de grâces qui tombe sur nos têtes. Se découvrir, au sortir de confession, de la messe, fou, raide dingue amoureux et tout chairdepoulé. Tu sais, ce genre d'amour où tu deviens tellement stupide que tu as envie de courir vers nulle part de toutes tes forces avec- et c'est important- le sourire béat aux lèvres, ce genre d'amour où tu balbuties trois mots sans aucun sens avant d'éclater de rire, de faire la roue et de cacher la tête dans tes mains parce que le bonheur déborde et t'étouffe. Tu sais, ce genre d'amour après avoir ingéré par accident un cachet de GHB, quand tu- Merveille de la foi.

 

 

Petite chorale improvisée au pied levé: quelques instants cacophoniques, les voix se trouvent, s'ajustent, se maîtrisent, comprennent le jeu, s'écoutent et se superposent, et la machine est lancée; un regard implorant des ténors perdus qu'il faut récupérer en urgence, un sourire éclatant de ceux qui partagent la joie du chant et y mettent leurs cordes vocales, leurs poumons, leur coeur et leurs tripes, ce même sourire bright que tu t'es senti monter aux lèvres quand tu as entendu se déchaîner les bombardes et les trompettes des grandes orgues sur un Alléluia un peu emphatique. Quelques yeux mouillés, et la Merveille du chant.

 


Calme impressionnant d'épaisseur au passage du pape: on n'entend plus guère les hurlements des groupies excités et leurs clap-clap-clap incessants, et les crépitements de ceux qui regardent le monde à travers la lucarne d'un appareil photo, mais au contraire tout notre être est tendu vers sa personne qui passe, et qui plonge vers nous un regard, mais un regard!  Une telle concentration de douceur, de bonté, de paternité, de sagesse, de clairvoyance, de vieillesse, aussi…. Pfiou. La réaction majoritaire des filles avec lesquelles j'ai pu par la suite discuter quelques instants est unanime: lorsqu'il a ouvert les bras pour bénir la foule, chacune a eu envie d'aller s'y blottir comme dans ceux d'un grand- père infiniment aimé et respecté, et de lui dire combien notre soutien, notre amour filial, notre obéissance lui étaient inconditionnels. Mais lui détourne aussitôt l'attention de lui et la replace là où elle doit être, au Saint Sacrement. Serviteur des Serviteurs… Merveille de l'Église.

 

 

Tempête de pluie, enfin, qui glace les habits et assène aux corps un dernier coup de traître. Après l'avoir pourtant tant appelée de nos voeux, l'eau que nos voix réclamaient quelques heures auparavant sous les lances des camions de pompiers, quand la chaleur était insoutenable, l'eau est là! Mais la nuit qui se prépare, mais le froid, mais l'orage qui roule sur la plaine où cette poignée de deux millions de jeunes sont péniblement esquichés.

Et reste un imbécile qui ne se met pas à l'abri pour faire valoir la force tranquille de ses vingt ans et les muscles de sa récente prépa militaire, rejoint par un autre imbécile qui brave la pluie parce qu'il aime montrer que ce n'est pas les éléments qui l'empêcheront de rester debout; et de plus en plus d'imbéciles qui se lèvent, quittent leurs abris de fortune, offrent leurs visages dégoulinants à l'eau qui fait renaître les forces qui leurs manquaient, à l'eau qui en tombant si régulièrement calme les esprits un peu trop surchauffés pour être à même d'être concentrés pendant une veillée d'Adoration. Et voilà que deux millions de jeunes imbéciles - car imbécile, on l'est forcément dés lors qu'on ne suis pas ce qu'aurait fait la norme, c'est-à-dire se ruer vers la sortie-, deux millions de jeunes imbéciles se lèvent et chantent sous la pluie, et acclament leur pape, oubliant qu'ils ont si froid, qu'ils ont eu si chaud, qu'ils passeront la nuit sur de la paille, qu'ils sont loin de leur Macbook et de leur PSP, qu'ils ont planté leurs partiels, qu'ils ont eu tant de doutes, que leur voisine les trouble, que la file d'attente pour les toilettes est si longue. Ils acclament leur vieux pape pour lui montrer qu'ils sont prêts, et qu'il peut les renvoyer dans leurs 193 pays, et qu'ils ne le décevront pas. Curieux pacte tacite que fût celui passé cette nuit là. Un étrange dialogue muet entre la foule qui n'a pas un quart de l'âge du pape, et le Vicaire du Christ, qui espère tant en elle. Chacun fait une confiance infinie en l'autre, et ce quelles que soient les épreuves.  Merveille de la jeunesse.

On a eu droit à ça, qui hors contexte est franchement pas glamour: 
A ça, qui fait pas rêver quand on l'écoute seul dans sa chambre, mais qui déchire quand on est deux millions avec un philharmonique: 
 
Et enfin, à ce genre là, qui remue bien à l'intérieur où qu'on l'écoutât:

 

Retour à l'accueil