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J’ai essayé… Quelques mots maladroits sur une page Word. J’ai effacé vingt fois, en me disant que je devais laisser la parole aux meilleures plumes que la mienne, que je ne ferais que répéter les paroles mille fois entendues aujourd’hui. Mais j’ai réalisé que peu importait la qualité littéraire de ce que j’allais écrire, il fallait que je mette sur le papier tout ce qui faisait bouillonner mon esprit depuis ce matin, qu’il fallait que j’ajoute ma petite pierre de gratitude à l’immense édifice des réactions.

Benoit XVI démissionne, et je me revois il y a huit ans, à l’aube de mon adolescence. Au milieu de mes cheftaines en larmes, à genoux autour d’un feu de camp en écoutant le glas résonner dans la nuit, j’avais réalisé : nous perdions notre pape. Et j’écoutais ces adultes qui me parlaient de l’impossibilité de remplacer Jean-Paul II, qui annonçaient la décrépitude de l’Église et prophétisaient déjà un prochain pape moins compétent et moins charismatique avant de connaître ne serait-ce que son nom.

Je ne les croyais pas : l’Église avait deux millénaires derrière elle, ce ne serait pas un grand défi pour l’Esprit saint que de trouver celui dont Elle avait justement besoin. Un pape profond pour un siècle superficiel, un pape intellectuel dans un monde de paraître, un pape théologien dans un monde où les valeurs sont inversées, un pape droit dans un monde où le mal se complaît à se grimer en bien dans une soupe relativiste. 

Je me revois apprenant son élection, longtemps silencieuse face à la montagne que je contemplais, prise de pitié devant cet homme qui avait déjà demandé deux fois sa démission à Jean Paul II qui la lui avait refusée, cet homme de l’âge de mon grand-père qui n’aspirait qu’au repos et à sa bibliothèque. Cet homme qui endossa pourtant la lourde tiare avec son humilité coutumière, et avec la conscience de la difficulté qu’il aurait à succéder à son ami, son charismatique et infatigable prédécesseur qu’il béatifierait six ans plus tard.

Je le revois, chêne dans la tempête, capitaine d’une barque secouée comme jamais par les orages. Et toujours, au fil des scandales qu’un monde de plus en plus hostile à Dieu voulait bien inventer, toujours doux, sage, ferme, droit et juste.

Tous les gestes qu’il a posés ont été mus par ce souci de Vérité, de justice, de Charité.

La simplicité et la profondeur de son écriture m’ont convertie à la lecture des ouvrages religieux et ont créés en moi un vrai désir d’approfondir ma foi de manière intellectuelle ; son humilité en toutes circonstances a marqué au fer rouge mon cœur d’adolescente orgueilleuse ; son attention envers les plus pauvres, son souci paternel de l’unité de ses enfants a tempéré un esprit trop prompt à juger et trop peu à s’agenouiller devant ses frères.

 

Je suis de la génération Benoit XVI, profondément.

 

De la génération qui a pleuré de joie pour la première fois de sa vie devant le petit homme en blanc qui s’effaçait toujours sous les clameurs immenses pour laisser le Christ à la première place.

De la génération qui était là, à Paris, à Lourdes, à Sydney, à Cologne, à Madrid, à Rome, au fil des audiences, au rythme de la vie de l’Église, depuis le Motu Proprio jusqu’à l’année de la foi.

De la génération qui s’est battue, parfois physiquement, pour défendre celui qui était notre chef et notre père.

Qui se bat depuis huit ans pour que soit reconnu à sa vraie valeur ce pape extraordinaire, mais trop simple pour notre monde.

 Qui se bat contre ces imbéciles prétendus catholiques qui n’ont jamais lu une ligne de lui, mais qui « ne l’aiment pas ». Sans raison. Et contre ceux qui le renient encore aujourd’hui au dernier instant, en l’accusant d’abandonner sa Croix.

De la génération qui suit avec une confiance infinie les décisions de ce Pape qui lui a été donné et qui mène l’Église à la sanctification à travers le troisième millénaire.

 

De la génération qui a envie de le serrer dans ses bras, de lui embrasser les mains pour le remercier d’avoir tenu bon jusqu’à l’épuisement.

Pour le remercier d’avoir forgé notre foi d’adulte, d’avoir forgé notre rapport à Dieu, d’avoir montré sans relâche la voix de la Vérité.

 

Aujourd’hui, je me sens étrangement orpheline et malheureuse. Mais je rends grâce pour ces huit années et ne peux que dire, avec une véritable tendresse filiale,

 

MERCI, Saint Père bien-Aimé.

 

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