Marseille.

 

 

J'en vois déjà deux-trois qui malgré eux grimaçent et détournent les yeux.

 

Et pourtant...

 

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Marseille, tout d’abord, c'est forcément la mer. Une mer assez discrète, quand on y réfléchit. On oublie assez vite jusqu’à son existence. Et pourtant l’air de rien, tu te balades- et blam ! Au détour d'une rue, tu la prends de plein fouet. Tantôt toute immobile, majestueuse et douce, elle est imperturbable. Tantôt, la voilà déchaînée. Quand elle et le mistral s’amusent à se jeter de grands paquets d’écume, tu te ramasses toujours une balle perdue, lorsque, les soirs de lune, sur les digues, une clope au bec, une femme au bras, et du Baudelaire au bord des lèvres, tu rêves..- Ils forment un joli couple, tous les deux. La mer se cabre, le vent la soulève, ils se mêlent, s’embrassent, se griffent, s’ectoplasment, et elle gronde, furieuse, et il hurle, ricane, et elle lui crache dessus de grandes gerbes humides. Mais cela n’est qu’un jeu, et le tout garde un air joyeusement fripon.

 

 

Marseille, donc, c’est aussi le mistral. Éperdument coquin... Il est haï par tant! Renversant les étals et décoiffant ces dames, il exaspère, il rend fou. D’autres en tombent amoureux- parcequ’il soulève les jupes et qu’il rosit les joues, et toi, tu es de ceux-là.  Le mistral te possède, te retourne, tu cherches à l’attraper, peine perdue, il est déjà trop loin. Le croirais- tu parti? Vlan! D’un grand baiser mouillé, il glace ton oreille et fait rire les gosses. Le ciel est toujours bleu et tout bien nettoyé. Bref, le mistral.

 

 

Marseille, c’est l’odeur. L’odeur de pisse domine, soyons honnêtes. Souvent recouverte par l’odeur de l’ail. Ou un ragoût qui cuit par la fenêtre ouverte. Un relent de sel flotte un peu partout, si l’on est attentif- et on l’est sûrement. Des miasmes nauséabonds dans certains quartiers, impossibles à définir. L’odeur de sainteté dès qu’on rentre dans mon appart, évidemment. Des épices qui flottent, souvent…

 

 

Marseille, c’est la vie. La vie qui explose de tous côtés, les cris qui jaillissent d’un peu partout, les insultes qui fusent, les interpellations joyeuses, les mecs garés devant le feu rouge parce qu’ils font du gringue à la boulangère, la misère et ses moignons étalés sous ton nez pincé, ouais… Un vieux pêcheur qui montre à un niston comment plier les filets. Des gosses qui jouent au foot sur un grand boulevard. Une femme en niqab qui zieute ses trois fils qui sautillent de partout. Dans le métro, on t’interpelle, parce que t’as des grosses valises, peuchère. Et où tu vas comme ça ? Où ? Oh pécaïre, le Nord! On en rit, mais c’est vrai : cette grosse mégère n’en est jamais sortie de son cher Marseille. Pour elle, le reste de la France, les gens sont méchants, il neige toute l’année, ils n’ont même pas la mer.

 

 

Voilà. A Marseille, tout le monde te connaît. Tu es l’ami de tout le monde. Tout le monde a le droit de venir t’inviter à prendre un verre, à venir au match, tout le monde a le droit de te demander ce que tu fais dans la vie et comment tu prépares ta bouillabaisse.

 

 

Marseille, enfin... c’est les Lauriers.

Les Lauriers, c’est une barre grise, morne, fadasse, une barre d’immeubles dans les quartiers Nord où tu dois faire du soutien scolaire pour quelques perles rares qui veulent réussir. La mère en larmes qui te dit que son fils de quatorze ans tombe dans le trafic de drogue.  Le regard de haine quand tu passes, parfois... Les mômes, sales, gouailleurs, sous l’égide sombre d’un grand frère jamais loin. Une fillette haute comme trois pommes qui crache quand tu passes devant elle et qui marche déjà comme un cow- boy. Un autre, bien dressé, qui murmure d’un ton borné : Va- t’en, va- t’en, va-t’en…

Mais les plateaux de gâteaux qu’on t’offre quand tu rentres dans une famille, l’admiration de cette petite commorienne à qui tu expliques un théorème de maths, et tous ceux qui viennent t’aborder, curieux de savoir pourquoi tu viens chez eux, pourquoi tu viens les aider. Dans leur cité où tu n’es qu’un étranger un peu fada…

 

 

 

Voilà Marseille. Loin de la noirceur qu’on veut bien lui prêter, méditerranéenne en diable, capable de tout, Marseille. Avec une putain d’âme et une putain de rage de vivre.

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