Au commencement était le Verbe. Il était là, au commencement, Il était bien, Il était le Tout, le Seul, la plénitude, l’Être parfait, trine et infini. Rien n’était à part Lui, dans sa toute-perfection, et rien ne manquait à ce qu’Il était : parfaitement plein, entier, lisse, lumineux, comme un œuf d’or sans parois. De toute éternité à toute éternité, Il était.

Mais de cette plénitude vibrait un appel, et l’appel se faisait pressant, et bientôt le Verbe vibrait tout entier, vibrait de tout son amour pour fracasser les parois de ce lit céleste dont Il voulait sortir pour inonder de joie et submerger de bonheur… Submerger quoi ? Rien n’était à part Lui, il était le Tout et le Seul. Alors doucement, infiniment, Il sortit de Lui-même et permit aux vagues brûlantes de son Amour de déferler au delà de Lui et de se répandre.

Et apparaît la grande quiétude de lumière, et apparaît la nuit, majestueuse, interminable, sublime, et tandis que les vagues déferlent et brodent chacune des milliards d’étoiles en leur donnant un nom, Son regard se pose sur cette créature nouvelle. Et il semble au Tout-Grand que monte à ses oreilles le chant du poète qui parle par Sa bouche :

Nuit tu es sainte, Nuit tu es grande, Nuit tu es belle. Nuit au grand manteau. Ô douce, ô grande, ô sainte, ô belle nuit, peut-être la plus sainte de mes filles, nuit à la grande robe, à la robe étoilée… Ô ma fille étincelante et sombre, je te salue. Toi qui répares, toi qui nourris, toi qui reposes, ô silence de l'ombre…

Puis le Verbe créa la lune. Le Verbe avait songé à chacun des regards amoureux, à chacune des danses, à chacun des chants qu’écriraient à la Lune ceux dont les noms étaient déjà gravés dans la paume de ses mains, et Il se complut dans la contemplation de sa dernière-née comme allaient s’y complaire tous les hommes après Lui. Il se complut à la faire refléter la lumière du jour, pour ne pas que les hommes viennent à oublier Sa propre lumière. Il voyait déjà les hommes lever les yeux vers la Lune en cherchant Son Image, et Il se complut à la modeler parfaite de mille imperfections, à la faire changeante, coquette et capricieuse, pleine et rassurante, rousse, vide, blafarde et apaisante.

Le Verbe avait séparé le ciel de la mer, et faisait danser la lune au dessus de la mer pour que l’une et l’autre se mirent et s’emmêlent en deux ciels à nouveau confondus. La mer dansait, se tendait et jaillissait en mille écumes pour caresser l’astre qu’elle reflétait ; la lune vêtait mille nuages mais ne pouvait voiler son éclat et apparaissait finalement, tout en majesté et en paix, unie à son reflet marin.

Il avait séparé la mer de la terre ferme, planté sur la terre des centaines de pins et soufflé sur chacun d’entre eux pour en tordre le tronc. Les pins tendaient de toute leur gratitude la pointe de leurs épines vers leur Créateur, et dans leur effort, exhalaient quelques gouttes de leur précieuse sève ; la nuit embaumait le pin et les embruns, et Dieu vit que cela était bon. Dieu emplit la terre et la mer de toutes les créatures que son amour avait imaginé. Il vit la joie des hommes qui remonteraient le filet débordant de poissons, il sentit l’odeur de la viande qui grillerait doucement sur un feu dans le sable…

Sur cette plage, un chien veillerait, un jour. Et près du feu, une toute petite fille contemplerait la lune en caressant le chien, humerait les odeurs des pins et des embruns, sentirait les vagues jouer jusque sur son visage et le sable glisser sous ses pieds. Cette toute petite fille compterait les étoiles jusqu’au vertige, et le cœur débordant d’une reconnaissance infinie, toucherait du doigt la perfection que Lui avait voulu lui partager.

Alors Dieu, contemplant toute l’œuvre qu’Il avait faite, trouva cela très bon. Et le Très-Haut sourit à la toute petite fille dont le nom était déjà gravé sur la paume de ses mains, et Il partit se reposer.

À voir le ciel,  ouvrage de Tes mains...
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